Vaie nui

(« vaie nui » cela veut dire « merci » en marquisien, mais cela veut aussi dire « avec le cœur gros comme ça », alors ça résume bien notre état d’esprit et le titre de ce dernier article pas si facile à rédiger…)

Ce dernier mois, nous avons caboté à une lenteur incroyable, après nos rythmes soutenus de l’Océan Indien ou de la Mer Rouge. On a profité des sublimes côtes sardes et corses, pour savourer nos apéros au soleil couchant, les ultimes acrobaties depuis le tangon ou les barres de flèches, les dernières sessions de wake board, le (premier et) dernier poisson pêché en Méditerranée, et encore de belles rencontres avec d’autres équipages de voiliers… On fête aussi les retrouvailles avec le combo rosé/saucisson (welcome back in France !)

A Porticcio, on a retrouvé avec bonheur Chloé et ses enfants pour une première session de retrouvailles. Achille et Prosper seront nos derniers invités à dormir à bord !

Puis nous sommes enfin arrivés le 14 juillet à Sagone, achevant avec les garçons notre incroyable périple de 30 000 milles depuis notre départ de La Trinité sur Mer.

Les enfants ont passé les derniers milles à trépigner et ont sauté à l’eau à peine l’ancre posée pour rejoindre leurs cousins arrivant à la nage…

Quelle joie de retrouver sa famille après une si longue absence… Les feux d’artifice de la soirée tombent à point nommé ! On passe quelques jours magnifiques tous ensemble à fêter l’arrivée. Merci Siloh pour le reportage photo !

Puis, une fois les sœurs, beau-frère et cousins repartis, il nous faut nous aussi quitter ce petit paradis. Girotondo a besoin d’un grand nettoyage et de beaucoup de rangement avant d’être présenté à ses potentiels acheteurs à Port-Saint-Louis-du-Rhone. Les enfants restent donc avec leurs grands parents car ils seront mieux là bas que dans le four et les moustiques de la Camargue. Mais quelle tristesse de ne pas faire cette dernière navigation avec eux. Leurs adieux au bateau sont assez éprouvants pour tous les 5. Nous qui attendions avec impatience d’être enfin tous les 2 (après 723 jours à 5 !), nous voilà le cœur bien lourd. Ces derniers jours sont vraiment un rodéo émotionnel, à la hauteur de notre aventure depuis 2 ans !

On ne va pas couper au petit inventaire non exhaustif du périple : 29 945 milles nautiques parcourus (55 458 km), 723 jours, 193 nuits en navigation (un quart du voyage tout de même!), 98 îles où nous avons dormi, 107 où nous nous nous sommes arrêtés, 17 pays visités, 13 langues (et autant d’apprentissage de bonjour et merci)…

Pas grand chose à ajouter : merci pour ces deux si belles années, merci à nos trois merveilleux garçons d’avoir été au top, merci à tous les bateaux-copains rencontrés pendant ce périple avec qui nous avons tant partagé, merci à toutes les personnes qui nous ont accueillis dans leurs villages et leurs maisons avec ces sourires inoubliables, merci à tous ceux à terre qui nous ont accompagnés de leurs lettres et messages tout au long de notre périple, et merci à Girotondo qui nous a valeureusement porté dans des navigations parfois éprouvantes et qui, on l’espère, va continuer à parcourir les océans !

Merci, Gracias, Obrigada/o, Vaie nui, Mauuuru, Tangkyu, Thank you, Terima kasih, Kopkhunkha/khrap, Choukran, Efkharisto, Grazie !

Allez, maintenant, il faut écrire les trois dernières lettres…

FIN

99,7%

Et oui, nous voilà à 100 milles nautiques (un peu plus de 180 km) de Sagone, notre arrivée. Il ne nous reste donc plus 0,3% du parcours pour décréter officiellement terminé notre tour du monde !

On a du mal à réaliser, partagés, depuis déjà plusieurs semaines, entre la joie des retrouvailles à venir et la tristesse de finir ce voyage incroyable…

Alors on essaie de profiter au maximum de ces dernières escales en Italie, pays où on a tant aimé vivre il y a quelques années et où l’on prononce enfin correctement le nom de notre bateau ! Depuis Ithaque, nous avons remonté à l’envers le parcours du héros grec pour filer en Calabre. A Scylla, pas de monstre à six bouches embusqué dans le détroit de Messine pour dévorer les malheureux équipages, mais cinq bouches impatientes qui se jettent avec plaisir sur leurs premières pasta fresca (« succulent maboul » selon Balthazar).

Puis direction les Eoliennes, où là encore notre périple ne ressemble aucunement à celui d’Ulysse (Eole et ses copains ne se montrant que très occasionnellement). La navigation au moteur, c’est clairement moins notre truc. Les mouillages ne sont pas nombreux, pas toujours évidents et déjà assez fréquentés. En effet, on découvre la voile en Méditerranée : les bateaux à touche-touche, les jets skis, la sono à fond, les aller-retour des gommone vrombissants… Ça ne nous était pas arrivé depuis les Petites Antilles et on avoue que ça ne nous manquait pas tellement !

On savoure malgré tout nos escales à Vulcano (jolie randonnée sur le cratère avec ses fumerolles et ses odeurs de souffre), à Lipari (oh les retrouvailles avec les gelati italiennes!!!), à Stromboli (malheureusement pour nous les éruptions restent planquées sous un vilain nuage, mais l’île et les villages sont sublimes) et Salina (où on se promène dans les pas de Philippe Noiret et Massimo Troisi dans il Postino).

On enchaîne avec quelques arrêts dans le Nord de la Sicile dans la jolie Cefalu et la majestueuse Palerme. Palais, églises, cathédrales, fortifications, cafè et la cuisine sicilienne bien sûr !

De Palerme, nous profitons d’une jolie fenêtre météo pour monter en Sardaigne. Quand il y a du vent, il faut en profiter. Pendant la navigation, nous avons droit à un dernier show mémorable de dauphins. Maintenant nous cabotons tranquillement en remontant vers le nord, avec de premières retrouvailles familiales (poke les Jouffrey!). La côte est sublime, l’eau incroyablement claire, les odeurs de maquis et de pins enivrantes…

Et l’école est enfin finie, vive les vacances !

Retour à la civilisation ?

Voilà un bon mois que nous avons passé le Canal de Suez pour rejoindre la Mer Méditerranée. Et nous voici arrivés en Grèce. On nous parle souvent de retour à la civilisation. Alors il est vrai qu’on trouve un ATM à chaque coin de rue, que notre frigo a retrouvé fromages et charcuteries, qu’on ne passe plus des heures à comprendre les formalités administratives, et que tout le monde ici (sauf les fromagers a priori !) parle plutôt bien anglais. Mais les enfants nous ont aussi fait remarquer que «  donc, maintenant, on ne dit plus bonjour dans la rue ?! ». Ça serait donc ça aussi la « civilisation » ?

En tout cas, nous avons clairement l’impression d’avoir troqué notre identité de voyageurs pour celle de touristes, et on se mélange aux retraités français, un pied dans leur appart parisien et l’autre sur leur voilier.

Et il faut avouer que parfois le vague à l’âme nous gagne un peu, l’impression qu’une page se tourne et qu’on est sur la fin de ce merveilleux périple…

Mais il y a pire comme fin ! Même si les biquettes ont remplacé les dromadaires, et que le désert a laissé la place au maquis, le cadre, sans être aussi exotique, n’en reste pas moins magique.

Après quelques jours à Rhodes, nous avons caboté d’île en île dans le Dodécanèse puis les Cyclades : Symi, Tilos, Astypalea, Koufounisia, Paros… Les paysages sont superbes, l’eau magnifique, même si elle reste bien froide encore. Nous sommes trop heureux de rechausser nos pompes de randonnée et de nous offrir de sublimes balades entre côtes escarpées et monastères perchés. Toute la panoplie attendue de la Grèce est là : maisons blanchies à la chaux, oliviers centenaires, ânes nonchalants et chèvres sauvages, moulins désossés, odeurs entêtantes de thym, petites chapelles aux icônes usées, dômes bleus dressés vers le ciel,… Gros coups de cœur pour les îles d’Armogos et Sifnos, qui nous offrent le combo gagnant : villages charmants, randonnées de qualité et mouillages tranquilles.

Nous avons ensuite fait une belle escale d’une dizaine de jours dans un chantier du Golfe d’Athènes pour bricoler et bichonner Girotondo, qui est (presque !) comme neuf : ponçage et antifouling, changement de batterie, réparation du guindeau,… On profite de cet arrêt forcé pour explorer quelques pépites et sites antiques de la région à Athènes, Corinthe, ou Epidaure…

A peine Girotondo remis à l’eau, nous passons notre troisième et dernier canal : le Canal de Corinthe. Le plus court du voyage mais le plus impressionnant, avec ces falaises à-pic à quelques mètres du bateau ! Nous avons donc quitté la Mer Egée pour la Mer Ionienne, où une dernière île nous abritera le temps d’attraper une fenêtre pour filer vers l’Italie d’ici quelques jours… S’agissant d’Ithaque, on espère que notre traversée sera plus tranquille que celle d’Ulysse !

Après l’Italie, l’arrivée officielle de Girotondo et son équipage aura lieu en Corse mi-juillet. Départ de Bretagne, arrivée en Corse : un « quasi » tour du monde qui nous permet de relier ces deux régions que nous adorons. Puis nous filerons à Port-Saint-Louis-du-Rhône où on se posera fin juillet pour organiser les visites et la vente du bateau. Si vous passez dans le coin, on sera ravis de se consoler en fêtant nos retrouvailles !

Louxor, j’adoooore !

Il aurait été dommage de longer l’Egypte sur près de 600 milles (plus de 1 000 kilomètres) sans s’y arrêter. C’est pourtant ce que fait la majorité de voiliers qui remontent la Mer Rouge. La raison : comprendre ce qui est possible, les modalités et le coût des formalités est un véritable parcours du combattant, et nous a souvent laissés perplexes. Ainsi faire escale au Sud de l’Egypte à Urghada ou Port Ghalib pour organiser une excursion vers Assouan ou Abou Simbel coûterait entre 1000 et 2000 dollars… Par contre depuis Suez, les choses sont « un peu » plus faciles et nettement plus économiques !

Après une dernière soirée touchante avec nos amis de Taravana (rencontrés au canal de Panama, quittés au canal de Suez !), nous nous sommes donc offerts une petite escapade à terre de plusieurs jours afin de profiter de quelques uns des trésors de l’Égypte antique.

En attendant le départ de notre train de nuit pour Louxor, nous avons décidé d’arpenter un peu les rues de la gigantesque et bouillonnante ville du Caire. Nous y étions au moment où les Cairotes rompaient le jeûne, comme chaque soir du ramadan, et avons été chaleureusement invités à une grande tablée installée dans la rue, réunissant familles et voisins. Les assiettes et les verres défilent devant nous, les sourires et les rires également. Puis c’est le classique concours de selfies qui conclut cette très jolie soirée.

S’ensuit une nuit en train couchette. On est un peu loin de l’Orient Express. La propreté, le bruit et la qualité des plateaux repas (plus vraiment nécessaires après notre festin improvisé !) ne correspondent pas vraiment aux promesses luxueuses de l’Egyptian Railway Service. Mais les gamins sont ravis et surexcités, d’autant plus que nous sommes partis avec nos copains du bateau Obélix. Les cinq gars se partagent deux compartiments communicants, on ne les verra plus de la nuit (on les entendra par contre !).

Nous passons trois jours à Louxor entre visites des temples de Karnak, Louxor et Hatchepsout, de la Vallée des Rois, la Vallée des Nobles et du village des artisans de Deir El Madina, balades au bord du Nil, repas gargantuesques et baignades dans la piscine de l’hôtel. Nous avons la chance d’avoir des guides super intéressants et qui arrivent à capter l’attention des enfants malgré la chaleur étouffante. Titouan vit grandeur nature le programme d’histoire de 6e ! Chanceux…

Après un retour en train couchette (on ne s’en lasse pas !), on profite de l’heure matinale pour arpenter l’enceinte des Pyramides de Gizeh avant la foule. Après tant de retours négatifs (proximité avec Le Caire, vendeurs ambulants…), nous sommes finalement assez positivement surpris par le site et la splendeur de ces constructions millénaires. La traversée du Caire pour rejoindre la gare de Ramsès et attraper un bus pour Suez est assez folle : nous sommes le premier jour de l’Aïd. Toute l’énergie retenue pendant ce mois de ramadan explose, il y a un monde incroyable, des bandes de jeunes arpentent les rues. L’énergie et l’électricité dans l’air sont palpables. Nous ne pourrons malheureusement pas profité de la soirée « dehors » ; nos visas expirant, il nous faut nous rapatrier dans nos bateaux après un dernier passage au marché (joie devant les étals de fruits, de légumes et de pâtisseries !).

Le lendemain, nous sommes réveillés à 4h30 du matin par nos pilotes. C’est le départ pour le Canal de Suez. Le passage se fait en deux jours : une journée de Suez à Ismailia, une nuit au ponton, puis une deuxième journée de transit. Le canal n’est pas large, nous croisons tout du long des convois de cargos plus impressionnants les uns que les autres. Au coucher du soleil, notre deuxième pilote se fait récupérer par un bateau et nous voilà lancés en Méditerranée. Le retour vers l’Europe commence avec une affreuse sensation de froid ! Dur dur… On ressort bonnets, vestes de quart et salopettes. Et on regarde avec émotion le chemin parcouru, avant de rejoindre des terres plus familières…

Salam Soudan !

Ce qu’il y a de bien avec les changements de plans, c’est que cela nous amène vers des destinations auxquelles nous n’avions jamais pensé… Le Soudan en fait partie et c’est une surprise assez exceptionnelle.

Nous sommes ainsi passés de la verte et touristique Phuket à l’aride et délaissée Suakin. Alors, certes nous avons eu quelques semaines de battement en mer pour nous préparer. Mais se préparer à quoi ? Il faut avouer que nous avions anticipé les navigations du Golfe d’Aden et de la Mer Rouge, mais pas les découvertes à terre. Nous n’avions donc aucune idée préconçue et le dépaysement a été assez magique !

Suakin était un lieu de passage incontournable entre l’Afrique et l’Arabie, mais elle a été abandonnée au 19e siècle au profit de Port Soudan. La vieille ville est aujourd’hui totalement délabrée, et les traces de ce passé prestigieux sont perdues au milieu des ruines. Les bâtiments construits en corail n’ont pas résisté à l’érosion. Les touristes ne sont pas courants ici, et nos passages au marché sont remarqués. On trouve quantité de fruits et légumes, du très bon pain, mais l’approvisionnement en lait ou en papier toilettes est plus ardu ! Partout nous sommes accueillis avec beaucoup de gentillesse mais la communication est compliquée compte tenu de notre pauvre niveau d’arabe…

On voit pendant ces quelques jours en ville nos premiers dromadaires, qui se disputent les maigres brins à brouter avec des chèvres et des ânes.

Après cette première étape, nous naviguons de marsa en marsa. Il s’agit de baies creusées dans la côte désertique. Ces abris naturels sont des paradis pour les voileux : camaïeux de turquoise et nuances du blanc à l’ocre. Des troupeaux de dromadaires passent nonchalamment. En arrière-plan, les montagnes nous offrent des couchers de soleil splendides. On s’offre quelques marches dans le désert, des cours de biologie face aux squelettes de chameaux, de belles sessions de kite, d’étonnantes discussions avec des militaires un peu livrés à eux-mêmes, et des soirées sympathiques seuls au monde avec un autre voilier, une famille de Français… avec des enfants ! Yallah ! Des gamins ! ça manquait aux nôtres depuis la Polynésie.

Après le Soudan, nous remontons vers Suez pour passer le fameux canal. On pensait faire un dernier arrêt en territoire soudanais, mais voilà que nous sommes accueillis par des militaires égyptiens ! Les joies des frontières discutées… Les autorités égyptiennes sont malheureusement bien moins conciliantes que les soudanaises avec les voiliers. Il nous est interdit d’aller à terre, de quitter le bateau, et même de simplement nager autour de Girotondo. Les escales avec les bateaux copains perdent de leur charme dans ces conditions, malgré le cadre qui reste grandiose. Nous allons donc essayer d’écourter le temps passé sur la côte égyptienne, mais la navigation en Mer Rouge est dure avec des vents venant inlassablement du Nord et donc face à nous… On réussit tout de même à trouver quelques spots où s’abriter et jouer un peu avec les règles avant la dernière étape en Mer Rouge, Port Suez.

Traversée de l’Indien : Check !

Et voilà, 30 jours de navigation et 4 156 milles parcourus. Une sacrée étape cet Océan Indien.

Quelques extraits de carnets de bord pour tenter de vous restituer la vie à bord lors de cette longue traversée…

20 février, Jour 1

Départ de Phuket.

Après un dernier week-end de préparatifs (dernier marché, cuisine, rangement et derniers bricolages), on quitte Phuket en fin de matinée, bord à bord avec nos amis de Taravana.

Le départ se fait sous spi. Les conditions sont parfaites.

Les premiers repas subissent encore l’influence de la cuisine thaï et font la part belle aux épices, à la citronnelle : soupe Tom Yom, spring rolls et sauce sweet chili, curry aux légumes frais…

Nous partons avec la nouvelle lune. La nuit est d’un noir d’encre. Les cieux étoilés sont incroyables. Aucun nuage en vue, on en a fini avec les nombreux grains de l’équateur. On ne les regrettera pas !

23 février, Jour 3

Après une petite reprise de fièvre pendant 24h, Balthazar est finalement mieux. Tant mieux… Il peut donc recommencer l’école comme ses frères qui ont repris hier. Reprise plutôt dans la bonne humeur pour tous d’ailleurs… Pourvu que ça dure !

On a réalisé aujourd’hui que nous avions embarqué à bord un passager clandestin : une petite chauve-souris minuscule. Elle passe ses journées dans sa grotte (l’annexe retournée sur le pont, on peut la voir via le hublot central) et sort un peu sur le bateau pendant la nuit. On manque un peu d’insectes aussi loin des côtes, et elle n’a pas l’air de vouloir s’attaquer à nos bananes ou à nos mangues. Elle nous quittera au bout de quelques jours. On espère qu’elle a pu rejoindre la terre ou un paquebot qui la ramènera à bon port, et qu’elle ne s’est pas perdue en mer… Timothée est déçu, il rêvait d’un animal domestique, ses critères étant : original et mignon. On ne peut pas lui contester la dimension originale. Pour le côté mignon, on vous laisse juge…

(Edit à l’arrivée : la malheureuse a en fait été retrouvée complètement desséchée sous l’annexe quand nous l’avons redescendue à l’eau…)

24 février, Jour 5

On croise des pêcheurs indonésiens : grands signes, révision de notre vocabulaire de base indonésien, prises de photo réciproques. Ils nous proposent du poisson mais notre frigo est encore bien trop rempli, nous déclinons.

Du 28 au 29 février, Nuit 8

Après quelques jours de vagues, nous retrouvons les conditions typiques de cette première moitié de l’Océan Indien : une mer quasi plate, un vent constant, un courant qui nous pousse vers l’Ouest.

Nous passons la journée sous spi avec des très belles moyennes, les nuits en ciseau.

Cette nuit, quelques dauphins nous accompagnent une belle demi-heure au moment du changement de quart. Dans la nuit noire, leurs silhouettes furtives brillent dans le plancton phosphorescent. Magique…

En dehors des dauphins, niveau faune, on voit étonnement très peu d’oiseaux dans cette région. Pourtant nous ne sommes pas si éloignés des côtes. On quitte en effet le Golfe de Bengale en passant à quelques milles au sud du Sri Lanka.

Ah si, quelques calamars kamikazes finissent parfois sur le pont (mais jamais assez pour nous assurer un repas malheureusement), et toujours les éternels poissons volants. Titouan a même la chance d’en avoir un qui atterrit dans son lit au milieu de la nuit !

2 mars, Jour 11

On traverse l’archipel des Maldives. Taravana est encore à peine quelques milles devant nous. Le vent est toujours avec nous, on avance bien. C’est, pour nous tous, une des navigations les plus agréables depuis le départ de Bretagne.

5 mars, Jour 14

Hier, nous avons mangé nos deux dernières mangues. En fruit, il nous reste quelques pamplemousses un peu fades et des pommes transgéniques qui n’ont pas plus de saveur… Heureusement, aujourd’hui, nous pêchons au lever du jour une magnifique dorade coryphène, un beau bébé de plus d’un mètre qui nous fera quatre délicieux repas.

Côté navigation, le spi est rangé, c’est le début de la remontée dans la mer d’Arabie en direction du Golfe d’Aden. Nous recommençons à voir quelques cargos au loin alors que nous étions seuls depuis des jours.

Nous commençons à envoyer quotidiennement notre position GPS à la coalition de forces armées qui surveille cette zone.

9 mars, Jour 18

Catastrophe ! Alors que nous naviguons à l’Est de Socotra, le spi, que nous étions ravis d’avoir pu ressortir, se déchire brusquement de haut en bas. Le vent était pourtant assez calme, et les vagues toujours aussi petites. Sans doute un point d’usure qui a fini par céder. La déchirure est beaucoup trop importante pour être reprise… C’est rageant car nous avions encore devant de belles journées sous cette allure. Le vent faiblissant, sans spi, notre vitesse s’effondre. C’est dur…

Taravana, qui avait initialement décidé de nous attendre, finit par relancer son spi après 24h d’hésitations. On les comprend. Alors que nous naviguions à côté, ils disparaissent en quelques heures à peine !

Un joli thon vient se prendre à nos lignes pour nous consoler.

Du 12 au 13 mars, Nuit 21

La nuit, en ciseau, les voiles n’arrêtent pas de battre. On affale la grand-voile, on la rehisse… C’est usant. La fatigue commence à s’accumuler après plus 20 jours sans nuit complète.

Plus tôt dans la journée, nous sommes entrés dans le corridor qui sépare le rail des cargos descendants du rail des cargos remontants. C’est la zone quadrillée par les forces armées internationales et dans laquelle il est plus que vivement conseillé de naviguer. Un couloir long de 500 milles environ jusqu’à Djibouti, et large de seulement 2 milles. A notre arrivée, nous sommes appelés par un navire militaire japonais, puis survolés par un avion. Dans les jours qui suivent, nous serons régulièrement appelés par des navires français ou étrangers qui s’assurent que tout va bien à bord.

13 mars, Jour 22

Après deux jours d’école un peu plus tendus, la bonne volonté est de retour chez les garçons. Heureusement car la patience des parents n’est pas au top entre la fatigue et les conditions pénibles de navigation (vent arrière très faible, ciseau à peine tenable…)

Et une belle surprise : une magnifique baleine vient se coller à une vingtaine de mètres du bateau. Elle est gigantesque, nous fait quelques remontées à la surface en soufflant, mais ne daigne pas nous révéler sa queue. Ce qui laisse le débat ouvert : était-ce un rorqual commun ou une baleine bleue ? Difficile à dire. En tout cas, ces rencontres sont toujours aussi incroyables et émouvantes.

Nous n’avons toujours pas décidé si nous nous arrêtons à Djibouti ou si nous continuons jusqu’à Suakin, au Soudan. Les conditions pour passer le détroit de Bab El Mandeb (l’entrée dans la Mer Rouge) sont bonnes mais, derrière, des imprévisibles vents du Nord ont décidé de s’implanter dans cette zone. Celle-ci devait pourtant être l’une des dernières clémentes avant la deuxième partie de la Mer Rouge, qui sera elle, de toute façon, au près…

Ne sachant pas choisir entre deux options insatisfaisantes, on ne décide pas ! Et on reporte à demain et à la prochaine météo…

17 mars, Jour 26

Et voilà, nous sommes en Mer Rouge ! La décision a été prise hier de poursuivre jusqu’à Suakin. En effet un arrêt à Djibouti nous aurait fait arriver un vendredi après-midi, soit au début du week-end ici. Impossible alors de faire les formalités, et donc de descendre à terre. N’ayant nullement envie de rester bloqués à bord, nous avons donc décidé de poursuivre notre route malgré une météo peu alléchante.

Le passage de Bab El Mandeb (la Porte des Lamentations) porte bien son nom. Pour nous, ça ne sera pas dans le sens habituel (grandes accélérations sous les rafales et vagues désordonnées) mais dans la pétole. On arrose malgré tout la fin de l’Océan Indien au coca et à la compote Andros périmée, retrouvée au fond d’un coffre ! Yallah !

Dans la journée, on croise un gros yacht qatari. Balthazar lui fait quelques signes inspirés. Qui sait, il s’agit peut-être Nasser Al-Khelaifi ?!? Il n’aura aucune réponse malheureusement.

Quelques instants plus tard, une nouvelle prise à la traîne : la plus grosse jamais pêchée depuis le départ. Une magnifique dorade coryphene d’1m20. Elle se défendra bravement en faisant des sauts spectaculaires pour se libérer. Encore de bons repas en perspective.

19 mars, Jour 28

Aujourd’hui, nous avons réalisé une magnifique manœuvre d’homme à la mer pour sauver… deux poubelles, qui s’étaient décrochées du portique !

Depuis le matin, nous sommes au moteur dans la pétole. L’après-midi, on saute tous à l’eau. Toujours étrange ces baignades au milieu de nulle part ! La mer est bien plus fraîche. Les nuits aussi d’ailleurs commencent à fraîchir…

22 mars, Jour 31

On arrive enfin !

Les deux dernières journées ont été un peu éprouvantes avec un bon près, des vagues qui tapent et l’obligation de tirer des bords. Rien à voir avec nos mauvais souvenirs d’Indonésie toutefois…

En tout cas, on est ravis d’arriver au mouillage de Suakin. Le paysage est tellement incroyable : le désert vient lécher la mer. Pas la moindre touche de vert entre ces lignes jaunes, blanches et bleues. La vieille ville de Suakin est entièrement en ruines. Mais on devine quelques traces de son passé prestigieux. Nous avons hâte de découvrir cette nouvelle ambiance.

A peine l’ancre posée, des amis allemands nous apportent fruits frais, bières et pains. L’apéro est planifié avec un autre bateau kiwi/français. Les garçons retrouveront enfin leurs copains rencontrés à Phuket.

On va donc bien fêter cette arrivée. Puis, enfin, une vraie nuit de sommeil sans quart ! Le bonheur…

Vacances en Thaïlande

Et oui ! Voilà un petit mois qu’en effet nous avons véritablement l’impression de prendre des vacances. En Thaïlande, beaucoup de choses nous semblent plus faciles et on s’est octroyé une bonne pause . Pour l’école aussi (suspension appréciée autant par les parents que les enfants!).

Tout d’abord, nous avons enfin pu sortir d’Indonésie, de façon un peu cavalière et pas totalement dans les règles, mais nous n’avons malheureusement pas vraiment eu d’autres choix.

Le stress de la sortie passé, s’en est suivi la remontée du détroit de Malacca qui n’était pas de tout repos. Certes la navigation a été moins éprouvante que les conditions rencontrées pour remonter l’Indonésie, mais les nombreux et puissants grains, les défilés de cargos, puis les armadas de bateaux de pêche malaisiens qui naviguent en escadrilles ne nous ont pas offert des nuits très sereines…

Après cinq jours de navigation, nous avons donc été ravis de débarquer à l’aube à Phuket. Et là, on s’est vite mis en mode vacanciers : visites, balades, restaurants, apéros face aux couchers de soleil (assez incroyables il faut l’avouer, pourtant on commence à s’y connaître!)…

On enchaîne avec deux petites semaines de croisière dans la baie de Phang Nga. Des décors absolument somptueux, de petites navigations tranquilles de quelques milles… On se régale ! On déplore tout de même la surexploitation de certains spots (Kho Phi Phi, Railay,…) qui vient vraiment gâcher la magie de ces lieux. Et on préfère de petites îles désertes (gros coup de cœur pour la minuscule Kho Roi) ou plus éloignées des circuits touristiques comme Kho Jum, la jumelle plus bohème et moins fréquentée de Kho Lanta. On découvre les « hong », incroyables chambres aquatiques planquées au cœur de ces ilots, auxquels on accède parfois à pied, parfois à la nage, parfois en suivant des tunnels de plusieurs dizaines de mètres dans le noir… On refait quelques snorkelings qui, s’ils n’égalent pas les fonds du Pacifique, nous offrent tout de même de beaux échantillons coralliens, et quelques requins pointe noire qu’on n’avait plus vus depuis longtemps !

Ici encore, on adore la gastronomie et on en profite à 150% : délicieuses gargotes, marchés colorés… Et toute la famille se prête avec plaisir au cours de cuisine thaï. Titouan et Timothée se sont complètement mis à la cuisine épicée, alors que Balthazar a toujours un peu plus de mal !

En somme, et pour la première fois ici, on aura étonnement plus eu le sentiment d’être en vacances qu’en voyage. Il faut dire qu’en quelques semaines nous n’avons exploré qu’une zone extrêmement touristique et fréquentée de la Thaïlande (où pourtant on nous dit que tous les touristes ne sont pas encore revenus, et que les milliers de Chinois se font encore attendre !). Et les rencontres avec les habitants n’ont pas la même saveur…

Après ces quelques semaines de détente, on se remet à la préparation. Le spi, le lazy bag et la capote sont repris par des pros, l’étai de l’enrouleur de génois est remplacé. Arthur refait ses aller-retour en tête de mat. Les classiques pleins aux supermarchés et marchés sont faits. Le bateau est rempli à craquer ! Il faut dire qu’un sacré morceau nous attend encore, car nous avons finalement décidé de boucler le tour. Départ donc demain matin pour la traversée de l’Indien. Plus de 3 000 milles pour rejoindre soit Djibouti, soit Suakin au Soudan. On avisera pendant la traversée en fonction de la météo et de notre état. Après le Sud-Est asiatique, l’arrivée en Mer Rouge va être encore une aventure et un nouveau dépaysement. On est assez excité mais on a quelques semaines pour s’y préparer !

(et donc comme d’habitude, n’hésitez pas à nous écrire de petites missives, sans image ni pièce jointe ; l’iridium est reconnecté : girotondo@myiridium.net. Et on adore vous lire !)

Selamat pagi !

Et voilà plus d’un mois que nous sommes arrivés en Indonésie. Nous n’avons vu qu’une partie de ce pays immense, foisonnant et disparate, mais nous avons adoré chacune de ces escales : Bali, Kangean, Kalimantan (la partie indonésienne de Bornéo), et les archipels de Lingga et Riau.
Partout, nous sommes abasourdis par la gentillesse des Indonésiens. Nous sommes toujours accueillis par des grands sourires et une curiosité bienveillante. Les femmes sont sous le charme des garçons, caressent leurs mèches blondes, et Balthazar croulent sous les invitations ! Les touristes sont peu nombreux là où nous allons, et nos passages font l’animation des villages. On nous arrête pour se prendre en photo avec nous, des hordes d’enfants nous accompagnent joyeusement. On a l’impression d’être Obama !

Mais en dehors de Bali, la communication est difficile passé les échanges de prénoms et les « comment ça va ». Parfois quelques mots d’anglais maîtrisés par un homme ou une femme permettent d’aller un peu plus loin. On sort les téléphones pour montrer le bateau et la carte de notre trajet. Et là, les yeux s’arrondissent de surprise, et nos interlocuteurs se répètent notre périple. Toujours les même questions : comment se fait l’école ? Et la cuisine bien sûr (capitale ici) :peut-on cuisiner sur un bateau ? Et comment faites-vous pour le pain ?

Car la cuisine ici, c’est un sujet capital. Et on se régale dans n’importe lequel des nombreux bouis-bouis qui jalonnent les rues. Même les odeurs qui s’échappent des bateaux de pêche à la tombée de la nuit nous mettent l’eau a a bouche ! Aux marchés de poissons, on peut acheter crevettes et crustacés et se les faire griller au barbecue dans des petits étals situés juste a côté. Souvent bien épicé mais toujours divin !

A Bali, nous avons pris quelques jours pour explorer l’intérieur de l’île. Les temples bouddhistes et leurs bestiaires incroyables, les paysages et les rizières verdoyantes nous ont laissé des souvenirs magnifiques. Sauf peut-être ce vilain singe qui m’a sauté sur le dos à Ubud. Grosse peur de mon côté, franche rigolade du reste de l’équipage !


A Kalimantan, nous échangeons notre cher Girotondo contre un klotok (sorte de péniche) pour remonter la rivière de Kumai et aller à la rencontre des nombreux habitants de la jungle locale : macaques, nasiques, gibbons, tarsius… et surtout les fameux orangs-outangs. Les mâles surtout sont assez impressionnants surtout quand l’un décide de débarquer sur un bateau pour subtiliser quelques bananes ! Nous étions bien contents d’être amarrés de l’autre côté de la rive ce soir là ! Ces quelques jours furent une belle parenthèse où on s’est laissé dorloter…

La poursuite vers le nord de l’Indonésie nous donne l’occasion de traverser des archipels moins denses que les îles principales, avec seulement quelques villages de pêcheurs sur pilotis et des iles désertes paradisiaques.

Les points noirs, il y en a malheureusement, c’est d’abord la pollution. L’arrivée en Asie est synonyme d’omniprésence du plastique : dans l’eau, sur les rives, dans les rues… partout bouteilles, verres, sachets… s’amoncellent. L’eau est sale, trouble. Sauf évidemment dans les resorts et les plages touristiques du Sud de Bali artificiellement nettoyés pour les hordes d’occidentaux qui viennent faire la fête ou lézarder au soleil.

Le deuxième point noir, ce sont les navigations. Nous sommes arrivés tard en Indonésie (trop de kiff dans le Pacifique!) et la mousson de Nord Ouest est déjà bien installée. Or nous devons justement faire du Nord Ouest ! Ce qui veut dire naviguer face au vent, face aux vagues et face au courant. On tire des bords plein nord, plein sud, et on gratte péniblement quelques milles vers l’Ouest. Les navigations sont beaucoup plus longues que les précédentes et parfois franchement éprouvantes, comme le trajet de Kangean à Kalimantan avec arrêt forcé et mouillage sous des rafales à plus de 50 nœuds. Si on ajoute à cela les grains et orages qui nous obligent à changer sans cesse les configurations de voiles, les nombreux bateaux de pêche plus ou moins éclairés, les filets dérivants de plusieurs milles de long (on s’en prendra à 2 reprises) et les DCP (dispositifs de concentration de poissons qui vont du petit radeau dérivant à la grosse cabane en bambou sur pilotis), vous aurez une idée de l’état de nos nuits de quart. Ils nous paraissent loin les quarts de l’Atlantique ou du Pacifique où l’on pouvait s’assoupir 50 min entre deux checks…

Et puis la dernière mauvaise surprise, elle nous tombe dessus la veille du départ pour la Thaïlande. Partout nous avions trouvé les formalités d’entrée plutôt plus faciles que ce que l’on craignait. Avec un peu de patience, les allers retours des services de la quarantaine aux douaniers, en passant par l’immigration et les autorités portuaires, dans un sens puis dans l’autre, nous avaient certes pris du temps mais elles s’étaient partout passées dans la bienveillance. Arrivés à Batam, au Nord de l’Indonésie, nous nous retrouvons face à un mur pour réaliser nos formalités de sortie du territoire car il nous manque un document que nous avons oublié de récupérer à Bali ! Et voilà deux jours, que nous cherchons des solutions pour pouvoir partir en règle et, pour l’instant, on nage en plein cauchemar kafkaïen…

De Darwin à Bali

Nous sommes arrivés fin novembre à Darwin, et nous n’y sommes restés qu’une dizaine de jours. En effet, nous sommes au début de la saison cyclonique et nous n’avions pas trop envie de rester bloqués là-bas. L’Indien et l’Asie du Sud-Est nous attirent également beaucoup. Mais l’Australie restera une très belle étape dans notre parcours, même si nous n’avons vu qu’une petite partie du pays, le fameux Northern Territory.

A l’arrivée à Darwin, nous craignions les douanes et la biosécurité qui sont censées inspecter tout le bateau et confisquer toute nourriture, graines ou bois qu’ils jugent suspects. Au final, on tombe sur des agents certes nombreux (un défilé de 5 agents successifs !) mais très sympathiques et assez souples sur les règles. On perd tout de même deux chorizos dans l’affaire, mais on sauve tout le reste !

On s’installe ensuite dans une marina de la ville à partir de laquelle on compte explorer la région. Le passage de la très étroite écluse pour entrer, avec un vent de travers, est plutôt sportif. Heureusement plus de peur que de mal.

La ville de Darwin ne nous a pas particulièrement charmés. Entièrement détruite par un cyclone en 1974, son urbanisme récent est dessiné par l’utilisation exclusive de la voiture, et tout est parfaitement propre. Les quelques aborigènes qui errent dans la ville en titubant montre cependant que tout n’est pas si parfait ici…

Après des mois sans tentations, la carte bleue chauffe un peu quand nous retrouvons supermarchés surabondants, magasins de pêche et autres paradis des campeurs. Mais les fruits et légumes qui scintillent sous les éclairages n’ont clairement pas la même saveur que ceux qu’on a pu déguster en Polynésie ou au Vanuatu dans les potagers des habitants… Dans l’excellent Musée de Darwin, on aborde la richesse naturelle du Northern Territory (le Top End comme on l’appelle ici), qu’on découvrira mieux en explorant les deux parcs nationaux du coin : le Litchfield Park et le Kakadu Park. Ces parcs gigantesques abritent des paysages incroyables : plateaux de grès rouge, cascades, mangroves, forêts de mousson, savanes arborées, plaines marécageuses et les fameux billabongs (des trous d’eau où pullulent faune et flore).

Nous sommes entre la saison sèche et la saison humide, autrement dit une des périodes les plus chaudes et humides de l’année. La journée, la chaleur est écrasante ; le soir, les orages sont nombreux et puissants. Certains coins des parcs ne sont plus accessibles car inondés. Et les crocodiles estuariens profitent de ces montées des eaux pour pénétrer plus en avant dans les terres. Car il n’y a pas que les paysages qui soient impressionnants. Les animaux participent à rendre ces espaces sauvages voire hostiles. Les crocodiles évidemment sont omniprésents, et craints. Toute personne rencontrée dans la région qui apprend que nous vivons sur un bateau s’empressent de nous rappeler qu’il ne faut jamais se baigner ! On voit aussi souvent d’adorables wallabies (petits cousins des kangourous), des buffles, quantité d’oiseaux (oies, canards, hérons, ibis, perroquets, perruches…), un émeu, des lézards à collerette… Les insectes sont de la partie également : les fourmis ont des tailles et des couleurs surprenantes, les chants des grillons sont si assourdissants qu’on doit se boucher les oreilles pour traverser certains bosquets, les moustiques pullulent, les termites construisent des cathédrales de plusieurs mètres de haut, et surtout les mouches nous harcèlent. Chaque randonnée se fait en pestant contre des nuées de mouches qui s’engouffrent dans nos yeux, nos nez, nos bouches et nos oreilles… On se venge de cette faune en dégustant steaks de kangourou et hot-dog de crocodile, assez fameux il faut l’avouer !

Ces sites étaient habités par de nombreux clans aborigènes, de nombreuses traces rupestres témoignent de leur nomadisme et ornent des sites sacrés. Leurs descendants y vivent toujours mais à distance. Ce sont eux les propriétaires des parcs, et, dans les visitors centers, on apprend énormément sur leur culture, leurs croyances, leur mode de vie et le lien qui les unit à ce difficile environnement. Mais nous n’en croiseront quasiment pas. C’est comme si deux mondes vivaient l’un à côté de l’autre sans se côtoyer…

Après un dernier repas dans le meilleur Fish’n Chips du pays, on quitte Darwin le 2 décembre pour l’Indonésie. Théoriquement 1 000 milles en ligne droite. La météo annonçait peu de vent, si bien qu’on a acheté quelques bidons de diesel en dépannage. Finalement, nous sommes au départ plutôt chanceux coté vent, mais il est orienté plein ouest et nous devons tirer des bords. Traverser la mer du Timor prend du temps malgré de bonnes vitesses : on perd un tiers de notre trajet à tricoter… Mais au moins, le près nous permet d’avoir un peu d’air contrairement à ces dernières semaines étouffantes… Les derniers milles se font malheureusement au moteur. Puis un passage sacrément remuant dans le détroit entre Lombok et Bali et nous voilà enfin prêts à débarquer en Indonésie ! On est là depuis seulement quelques heures mais on sent que ça va être encore une sacrée claque…

NB : On a beau se rapprocher de la France désormais, les décalages horaires sont toujours conséquents. Mais la motivation est là (chez certains !) pour regarder les matchs de foot du Mondial à 4h du matin !

En chemin vers Darwin…

Les premiers jours de cette navigation entre le Vanuatu et l’Australie sont, comme anticipé, malheureusement très mous. Cela nous rappelle le pot au noir du début du Pacifique avec ses mers d’huile. Mais il fait beaucoup plus chaud ici… Après 2-3 jours, le vent se lève enfin et on gagne notre rythme de croisière. Mais la mer monte aussi évidemment, et on se fait pas mal secouer.
Balthazar d’ailleurs va encore s’ouvrir la tête… pour la 4e fois depuis le départ de France ! Impossible de lui faire des points au milieu des cheveux et avec ces vagues. On opte pour la vilaine cicatrice de pirates bien cachée…

Après 11 jours de navigation, nous atteignons à l’aube la fameuse grande barrière de corail. On cherche une passe pour traverser le reef avec, en tête, les souvenirs parfois anxieux des passes des Tuamotus. Mais ici cela se fera tout en douceur sans mascaret ni vagues. A peine rentrés, on croise toutefois un énorme serpent de mer de 3-4 m de long. Nous voilà bienvenus en Australie !
Mais, quelques heures plus tard, alors qu’on navigue enfin dans une mer plus calme, la drosse de barre se casse ! (pour les non-initiés, il s’agit du câble qui relie les barres au safran, autant dire un élément assez fondamental pour pouvoir diriger son bateau !) On passe par quelques frayeurs le temps de reprendre le contrôle du bateau (nous sommes quand même au milieu de récifs coralliens de toute part!). Puis on cherche rapidement un mouillage pour se poser et réparer. Nos amis de Taravana qui naviguent avec nous depuis le départ du Vanuatu s’arrêtent gentiment aussi. C’est parti pour quelques heures de bricolage et réflexion sous le cagnard. Mais, malgré la chaleur et la beauté du mouillage, la baignade est formellement interdite. Un couple d’Australiens passés nous saluer nous informe des charmes du spot : requins, crocodiles marins de 6m et méduses mortelles. Ils nous conseillent sans plaisanter d’attendre l’Indonésie pour nous baigner ! Après 7 mois et demi dans le Pacifique sans avoir jamais ressenti le moindre danger, on comprend que ces Territoires du Nord vont être une autre histoire !
Après avoir réparé et pris une petite bière pour fêter ça (petite entorse à notre principe de navigation sans alcool), on repart au bout de quelques heures pour remonter vers le Nord et le Détroit de Torres.

Il nous reste encore une semaine de navigation pour rejoindre Darwin. Les derniers jours sont assez longs, le vent mollit sérieusement. Nous n’avons pas assez d’essence pour faire des journées entières au moteur alors on doit accepter cette lenteur. La chaleur est écrasante. Jamais nous n’avons autant souffert de la chaleur que lors de cette traversée. Les seaux d’eau de mer que nous nous balançons dessus ne parviennent même pas à nous rafraîchir tant la température de l’eau est élevée !
Heureusement cette navigation nous offre aussi de beaux moments, en particulier des levers et des couchers de soleil incroyables, les plus beaux depuis le début du voyage. On a même la chance de voir une éclipse de lune complète. Sublime spectacle. Arthur verra également une comète illuminer le ciel une nuit. La mer dArafura est très calme, d’un beau vert (dans le détroit de Torres il y a à peine 20 m de fond !). On y croise de vieux rafiots indonésiens ou papouasiens tout rouillés comme échappés d’un Corto Maltese… Les bancs de dauphins sont nombreux et joueurs. Et un beau thon aura la délicatesse de venir renouveler un peu les menus du bord ! Après avoir vu deux très gros requins fureter au cul du bateau, on maintient les seaux d’eau plutôt que de se laisser traîner à l’arrière du bateau comme on a pu le faire par le passé !

Nous arrivons enfin à Darwin après 19 jours en mer. Il était temps, les réservoirs sont tous au plus bas ! Malheureusement, c’est le week-end. Il nous faudra donc mouiller 48h devant le port avant de pouvoir faire monter les autorités australiennes à bord. Ça nous laisse le temps de fêter notre arrivée et de ranger et nettoyer à fond le bateau. Mais on a hâte de mettre pied à terre et de découvrir cette nouvelle destination…

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