Nous sommes arrivés fin novembre à Darwin, et nous n’y sommes restés qu’une dizaine de jours. En effet, nous sommes au début de la saison cyclonique et nous n’avions pas trop envie de rester bloqués là-bas. L’Indien et l’Asie du Sud-Est nous attirent également beaucoup. Mais l’Australie restera une très belle étape dans notre parcours, même si nous n’avons vu qu’une petite partie du pays, le fameux Northern Territory.
A l’arrivée à Darwin, nous craignions les douanes et la biosécurité qui sont censées inspecter tout le bateau et confisquer toute nourriture, graines ou bois qu’ils jugent suspects. Au final, on tombe sur des agents certes nombreux (un défilé de 5 agents successifs !) mais très sympathiques et assez souples sur les règles. On perd tout de même deux chorizos dans l’affaire, mais on sauve tout le reste !
On s’installe ensuite dans une marina de la ville à partir de laquelle on compte explorer la région. Le passage de la très étroite écluse pour entrer, avec un vent de travers, est plutôt sportif. Heureusement plus de peur que de mal.
La ville de Darwin ne nous a pas particulièrement charmés. Entièrement détruite par un cyclone en 1974, son urbanisme récent est dessiné par l’utilisation exclusive de la voiture, et tout est parfaitement propre. Les quelques aborigènes qui errent dans la ville en titubant montre cependant que tout n’est pas si parfait ici…
Après des mois sans tentations, la carte bleue chauffe un peu quand nous retrouvons supermarchés surabondants, magasins de pêche et autres paradis des campeurs. Mais les fruits et légumes qui scintillent sous les éclairages n’ont clairement pas la même saveur que ceux qu’on a pu déguster en Polynésie ou au Vanuatu dans les potagers des habitants… Dans l’excellent Musée de Darwin, on aborde la richesse naturelle du Northern Territory (le Top End comme on l’appelle ici), qu’on découvrira mieux en explorant les deux parcs nationaux du coin : le Litchfield Park et le Kakadu Park. Ces parcs gigantesques abritent des paysages incroyables : plateaux de grès rouge, cascades, mangroves, forêts de mousson, savanes arborées, plaines marécageuses et les fameux billabongs (des trous d’eau où pullulent faune et flore).













Nous sommes entre la saison sèche et la saison humide, autrement dit une des périodes les plus chaudes et humides de l’année. La journée, la chaleur est écrasante ; le soir, les orages sont nombreux et puissants. Certains coins des parcs ne sont plus accessibles car inondés. Et les crocodiles estuariens profitent de ces montées des eaux pour pénétrer plus en avant dans les terres. Car il n’y a pas que les paysages qui soient impressionnants. Les animaux participent à rendre ces espaces sauvages voire hostiles. Les crocodiles évidemment sont omniprésents, et craints. Toute personne rencontrée dans la région qui apprend que nous vivons sur un bateau s’empressent de nous rappeler qu’il ne faut jamais se baigner ! On voit aussi souvent d’adorables wallabies (petits cousins des kangourous), des buffles, quantité d’oiseaux (oies, canards, hérons, ibis, perroquets, perruches…), un émeu, des lézards à collerette… Les insectes sont de la partie également : les fourmis ont des tailles et des couleurs surprenantes, les chants des grillons sont si assourdissants qu’on doit se boucher les oreilles pour traverser certains bosquets, les moustiques pullulent, les termites construisent des cathédrales de plusieurs mètres de haut, et surtout les mouches nous harcèlent. Chaque randonnée se fait en pestant contre des nuées de mouches qui s’engouffrent dans nos yeux, nos nez, nos bouches et nos oreilles… On se venge de cette faune en dégustant steaks de kangourou et hot-dog de crocodile, assez fameux il faut l’avouer !









Ces sites étaient habités par de nombreux clans aborigènes, de nombreuses traces rupestres témoignent de leur nomadisme et ornent des sites sacrés. Leurs descendants y vivent toujours mais à distance. Ce sont eux les propriétaires des parcs, et, dans les visitors centers, on apprend énormément sur leur culture, leurs croyances, leur mode de vie et le lien qui les unit à ce difficile environnement. Mais nous n’en croiseront quasiment pas. C’est comme si deux mondes vivaient l’un à côté de l’autre sans se côtoyer…




Après un dernier repas dans le meilleur Fish’n Chips du pays, on quitte Darwin le 2 décembre pour l’Indonésie. Théoriquement 1 000 milles en ligne droite. La météo annonçait peu de vent, si bien qu’on a acheté quelques bidons de diesel en dépannage. Finalement, nous sommes au départ plutôt chanceux coté vent, mais il est orienté plein ouest et nous devons tirer des bords. Traverser la mer du Timor prend du temps malgré de bonnes vitesses : on perd un tiers de notre trajet à tricoter… Mais au moins, le près nous permet d’avoir un peu d’air contrairement à ces dernières semaines étouffantes… Les derniers milles se font malheureusement au moteur. Puis un passage sacrément remuant dans le détroit entre Lombok et Bali et nous voilà enfin prêts à débarquer en Indonésie ! On est là depuis seulement quelques heures mais on sent que ça va être encore une sacrée claque…



NB : On a beau se rapprocher de la France désormais, les décalages horaires sont toujours conséquents. Mais la motivation est là (chez certains !) pour regarder les matchs de foot du Mondial à 4h du matin !

