Vanuatu (suite) : dernière escale dans le Pacifique

Début octobre, nous nous trouvons dans l’ile de Malekula au milieu de l’archipel du Vanuatu. On y fait encore de belles rencontres, en particulier dans l’enclave francophone de Port Sandwich, où on goûte enfin le fameux kava, une racine locale que l’on broie et que l’on boit cul sec. Le goût n’est pas franchement exceptionnel (très terreux) et l’effet assez léger (les lèvres un peu endolories, et une agréable sensation de détente).
Pendant qu’on traine ainsi à discuter avec les adultes (sur de nombreuses îles, le kava est même réservé aux hommes), les enfants essaient de copiner avec les nuées de gamins des villages :  » you tok tok english or french ? » Ils font les marioles, jouent au foot ou se passent des chauves-souris vivantes !

Quelques jours plus tard, dans un mouillage un peu plus au nord, le bateau est carrément envahi par une horde d’enfants débarqués en pirogue. On en compte une vingtaine à bord ! Ils font des sauts depuis les portes de coupé et finissent par embarquer les garçons dans leurs embarcations. A terre, ils nous font visiter leur village et les sites coutumiers ancestraux dans la forêt. En se baladant, ils grimpent aux arbres et nous rapportent des fruits (la machette a l’air tolérée dès le plus jeune âge ici !).
A Spirito Santo, une ile plus au nord, c’est une autre découverte qui nous attend, le site du Million Dollar Point. Après la guerre, les Américains ont coulé au large de cette pointe une quantité incroyable de matériel (camions, jeeps, armement…) qu’il aurait été trop cher de rapatrier… Snorkeling assez inédit où les coraux sublimes ont recouvert ces étranges vestiges. Et quelques poissons clowns en prime pour ne rien gâcher !

Après quelques mouillages très sympas au nord de Santo, on gagne les iles Banks. Quelques dauphins nous accompagnent pendant ces courtes navigations. Ces petites iles situées au nord du Vanuatu sont très reculées et déconnectées, et, pour nous, c’est un sacré voyage dans le temps qui nous fait pas mal cogiter sur nos modes de vie (et nous met un peu en retard dans l’actualisation du présent blog !). Malgré la pluie (on se rapproche de l’équateur), on passe de très beaux moments, en particulier sur l’ile de Gaua qui sera notre coup de cœur avec de jolies rencontres (comme Jackson, le secrétaire des 80 chefs coutumiers de cette minuscule île !), une partie de foot mythique au coucher du soleil, les femmes d’un village qui font de la musique en tapant dans l’eau de la rivière,…
Ici on troque beaucoup, et on échange hameçons, sucre et cahiers d’écolier contre des montagnes de fruits et légumes.

Puis, début novembre, c’est le départ vers l’Australie. La fenêtre n’est pas idéale, le vent va manquer, mais les températures affolantes de l’eau nous rappellent sournoisement que la saison des cyclones arrive et qu’il nous faut quitter ces iles accueillantes…
Nos copains de Taravana, qui nous ont rejoints depuis une dizaine de jours, se lancent avec nous. Et nous partons pour une navigation de plus de 2 000 milles en direction de Darwin.

Premiers pas en Mélanésie

Après plus de 4 mois magiques en Polynésie, nous avons décidé de filer directement vers le Vanuatu, un archipel de 80 îles au nord de la Nouvelle-Calédonie. 2 400 milles sans escale, malgré des destinations aux noms bien séduisants : Cook, Fidji, Samoa, Tonga… Mais il faut parfois faire des choix, et nous aimons l’idée d’en faire un peu moins mais plus longtemps. Nombreux sont les navigateurs à nous avoir vanté la beauté et la diversité du Vanuatu, sans parler de la gentillesse et de la simplicité de sa population. Nous suivons ce conseil et nous ne serons pas déçus !

Nous quittons Raiatea sous spi avec nos amis de Taravana. C’est toujours plus sympa de se lancer dans de grandes navigations avec un bateau copain pas loin. On les laissera une dizaine de jours plus tard, eux faisant escale aux Fidji. Cette navigation de 16 jours nous semble un peu longue sur la fin avec un vent plutôt faible. Contrairement aux précédentes traversées, où nous profitions de l’autoroute des alizés, cette fois les vents sont moins réguliers, et nous alternons molles, grains et vents établis. Les enfants eux semblent toujours apprécier ces périodes de navigation où les plages de jeux s’étirent sur plusieurs jours.

Nous arrivons à Tanna mi septembre. C’est une des îles les plus australes du Vanuatu. Le dépaysement est total. Les Ni-Vanuatu sont très différents des Polynésiens. Leurs cultures tribales sont encore très présentes : chaque village a son chef, les maisons sont en palmes tressées, les dialectes diffèrent d’un village à l’autre… Ici la vie est plus tournée vers la terre que vers la mer. Et cela se voit sur les marchés, où les montagnes de légumes et de fruits ravissent nos yeux et nos papilles. Tanna est aussi surtout connue pour son volcan actif, le mont Yasur. On passera ainsi la soirée sur la crête du cratère. Le fond du volcan est envahi d’une épaisse fumée aux relents de souffre. La nuit tombe, la fumée se pare d’orangé, et chaque explosion donne lieu à des gerbes rougeoyantes. Impressionnant spectacle de la nature.

A Tanna, comme plus tard à Efate, nous avons la chance de rencontrer les habitants des lieux où nous nous arrêtons. La générosité des Ni-Vanuatu, comme leur fabuleux sourire d’ailleurs, n’est pas une légende. Des hordes d’enfants curieux nous suivent dès qu’on pose pied à terre. On visite les « jardins », des potagers luxuriants au cœur de la brousse, et on repart les bras chargés de courges, de haricots géants, de citrons, de choux kanaks… On apprend à cuisiner tous ces nouveaux produits. On a même tenté le civet de roussette, une chauve-souris qui se nourrit de fruits. Ça n’est pas franchement la meilleure expérience culinaire de notre vie, mais ça a ravi Timothée de tenter ça le jour de son anniversaire !

Côté paysages, on en prend encore pleins les yeux. Les eaux turquoises des lagons sont derrière nous, mais les mangroves et les côtes foisonnantes qui tombent dans l’eau nous séduisent tout autant. Ici ce ne sont plus les dégradés de bleus mais les dégradés de vert qui nous enchantent. A terre, les randonnées dans le bush sont incroyables. Souvent sans sentier, on se retrouve à suivre le lit de rivières à sec ou la tranchée créée par la machette de notre guide dans la dense végétation. Aux mouillages, on guette les tortues géantes. Et on espère finir par voir un dugong, ce drôle de mammifère marin entre la vache et le dauphin !

Et puis encore et toujours le plaisir des rencontres avec d’autres équipages. Moins d’enfants malheureusement mais de belles amitiés qui naissent rapidement.

A très court terme, après les îles de Tanna et Efate, nous voilà au sud de Malekula. Nous prévoyons encore un petit mois au Vanuatu. La suite reste plus vague. La Nouvelle-Zélande a moins la côte, l’Asie du Sud-Est nous tente beaucoup… A suivre donc…

Les îles de la Société

Fin juillet, notre arrivée à Tahiti nous ramène à la civilisation. La ville de Papeete n’est pas particulièrement charmante mais, après plusieurs mois entre les Marquises et les Tuamotus, on s’octroie quelques plaisirs : librairie, supermarché bien achalandé, coiffeur…

On a aussi la chance de retrouver des amis rencontrés à Tahuata (Marquises) et qui vivent là. Il suffira d’un apéro pour que les maisons de la Pointe Vénus s’ouvrent avec générosité. On nous avait dit que les îles de la Société n’étaient pas aussi accueillantes que leurs petites sœurs marquisiennes. Jusqu’ici nous n’avons vraiment pas vérifié cette réputation…

Entre deux averses (et oui, ici il pleut, et même beaucoup!), on profite aussi de ces quelques jours pour assister aux derniers spectacles des gagnants du Heiva, le festival des arts polynésiens.

Puis c’est l’arrivée de Foulques et Clarisse. On est ravi de les accueillir à bord, eux et leur valise supplémentaire remplie de gourmandises ! La joie d’ouvrir du bon vin et de la charcuterie bretonne !!

On file directement vers Moorea à quelques miles de Tahiti. Et à peine frôlons nous les côtes de l’île qu’une baleine et sa majestueuse queue viennent nous saluer ! Ça commence bien… Le deuxième jour, l’activité consiste à se balader dans une baie sublime, puis à nager avec des requins pointes noire et des raies pastenagues qui nous grimpent littéralement dessus.(#GirotondoMeilleurTourOperateurDuMonde)

On enchaîne ensuite avec Raiatea et Tahaa, deux îles réunies dans le même lagon. Là, un baleineau nous fait un festival de sauts, à quelques dizaines de mètres seulement de nous. L’émotion est au top sur le bateau. Le lendemain nous voyons nos premiers poissons clowns. Et chaque soir, on sirote des ti punch en regardant le soleil se coucher sur Bora Bora… (#GirotondoMeilleurTourOperateurDeLUnivers mais ne l’oublions pas #cestpasdesvacances !)

Ensuite, nous filons à Huahine, notre île coup de cœur. On y retrouve les Dodif, venus en famille. L’île offre de très jolis mouillages et des snorkeling magnifiques. L’ambiance est plus douce et moins touristique que sur les autres îles sous le vent. C’est là qu’on fêtera l’anniversaire de Balthazar : après une belle journée à vélo pour faire le tour de l’île, on s’offre une belle soirée, qui est aussi celle du départ de Foufou et Clarisse…

On se console de leur départ en allant à Bora Bora retrouver les Dodif. Après deux premiers jours magiques, dont un barbecue de langoustes mythique sur le motu de Glenn, le skipper de leur cata, on retrouve malheureusement aussi les hordes de jet skis, les caprices de notre moteur hors-bord et la pluie… Un mauvais temps qui va se prolonger pendant plusieurs jours.

De retour à Raiatea, après une navigation au près et sous la pluie (même en Bretagne, on n’aurait pas connu ça en ce moment!), on se pose un peu pour profiter des copains, car pas mal de routes se séparent ici. On reprend l’école après quelques semaines de break (c’était bien les vacances en fait !). Et on prépare le bateau pour la prochaine grande étape : courses, nettoyage, rangement, bricolage, couture…

D’ici quelques jours, on décollera pour les Vanuatu. 2 300 miles, soit entre 15 jours et 3 semaines de navigation. Alors, comme d’habitude, on sera ravis de vous lire pendant ces semaines, mais à condition de n’envoyer que votre prose, sans photos ni pièces jointes, afin de garder notre connexion satellite opérationnelle pour les urgences et les fichiers météo.

Un an déjà !

22 juillet, nous filons vers Tahiti. Voilà un an, jour pour jour, que nous avons quitté la Trinité. 13 300 miles plus loin, le plaisir est intact. Les expériences exceptionnelles s’amoncellent. Pas une seconde un quelconque regret ne s’est fait sentir (ok sauf peut-être quelques séances d’école…)
Mi juin, nous avons quitté l’archipel des Marquises. Avec beaucoup d’émotions. Les Marquises auront été une étape définitivement marquante de notre périple. Et finir par Fatu Hiva, l’ile la plus australe de l’archipel, fut un superbe moment tant par la beauté des paysages que la qualité des rencontres humaines.

Les Tuamotus nous plongent dans un univers très différent. Les iles montagneuses ont laissé la place à des dizaines d’attols de tailles variées. Absence de relief, rien que des lignes de cocotiers sur des eaux turquoises… Nous nous arrêterons dans cinq atolls. Les « touristiques » Rangiroa et Fakarava, paradis des plongeurs, où Sophie, venue nous rejoindre une quinzaine de jours, vivra sans doute ses meilleures plongées. Toau et Tahanea, atolls sauvages quasi inhabités aux mouillages paradisiaques. Puis on joue les prolongations à Faaite, petit atoll peu fréquenté par les touristes qu’on squatte avec quelques bateaux copains. Il faut dire qu’encore une fois, nous avons du mal à partir…

Chaque atoll signifie des passages de passes plus ou moins sportifs (quand la houle de l’océan croise les courants sortants des marées). Puis, une fois entrés dans le lagon, on découvre des eaux incroyables et riches de vies animales et végétales. Les récifs coralliens, s’ils nous inquiètent pendant les navigations, nous offrent des expériences de snorkeling inoubliables. La tête dans un aquarium, on s’extasie sur les poissons perroquets, anges, papillons, les barracudas, les napoléons, les mérous géants, les murènes,… Les requins également sont de la partie (requins pointes noires, pointes blanches, citrons… murs de requins à Faka, requin marteau de 3 m qui vient nous frôler les palmes à Rangi !!), et de sublimes ballets de raies mantas plus grandes que nous…

Et toujours la vie en bateau nous offre des rencontres géniales. Les parcours, les équipages varient, mais ce qui nous rassemble nous rapproche : le gout de l’itinérance, une certaine curiosité, et surtout cette envie du « pas de côté ». On se lie vite, les séparations sont parfois dures…

Les enfants vont super bien. Ils prennent semble-t-il autant de plaisir que nous à vivre ce voyage. Nous leur laissons la parole pour un inventaire à la Prévert de leurs souvenirs de ces 2 derniers mois :
– L’auto-stop en ambulance à Hiva Oa,
– Simon le sculpteur de tiki,
– Les copains du terrain de foot d’Hanavave (Ethan, Ihu…),
– Les danses et chants marquisiens, les répétitions pour le Festival,
– La chasse à la chèvre de Zanzibar (et le déjeuner qui suit avec Ivitu),
– Les randonnées et les fruits sauvages (mangues, pamplemousses…) ramassés en chemin,
– Les régimes de bananes géants,
– Les frites d’uru (le fruit de l’arbre à pain),
– La dorade coryphene pêchée entre Fatu Hiva et Toau
– Sooooophie !!
– Les rencontres avec de nouveaux bateaux : Zanzibar, Oboe d’Amore, Manuia, Kumbaya, Pourquoi Pas, Water Tribe, L’Etoile
– Les retrouvailles avec les bateaux copains : Agape, Nanuk, Taravana, Tiroflan
– Le snack des requins dormeurs (manger les pieds dans l’eau à quelques mètres des fameux requins),
– Les beaux rochers sculptés de l’Ile aux Récifs avec Rafaele et Valeria,
– Le gros bout de marlin offert par Tanae III (avec sa queue et son rostre !),
– La chasse aux crabes de cocotier,
– Les pêches sur le platier (maoas, bénitiers, oursins crayon…),
– Les soirées pyjamas ou les soirées enfants sur Girotondo ou les bateaux copains,
– La 3e ouverture de tête de Balthazar et ses points de suture (sur un atoll inhabité évidemment ! Heureusement il a eu l’intelligence de faire ça sur le bateau d’une infirmière ! Merci Juliette !),
– Les séances de wake et de subwing tractés,
– Les sauts des dauphins dans la passe de Tiputa…

… et il a fallu les arrêter pour pouvoir (enfin) poster ce dernier article !

Aux Marquises, gémir n’est pas de mise…

Les Marquises nous faisaient rêver depuis le départ. C’était vraiment la destination qui nous attirait le plus. Un nom qui fait rêver tous les marins, ce bout du monde au delà de l’Océan Pacifique et loin de tout, et une idée très vague de ce à quoi cela allait ressembler… Résultat on se demandait si leur réputation tenait plus du mythe que de la réalité. Après seulement quelques semaines entre Nuku Hiva, Ua Pou et Tahuata, on est, comme tant d’autres, totalement conquis.

D’abord, les paysages sont grandioses. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas rechaussé nos godillots de marche… Quel plaisir d’arpenter le plateau de Toovi et sa flore étrange mêlant pins gigantesques et arbustes exotiques, de découvrir des sites archéologiques centenaires qui témoignent de la richesse de la culture polynésienne, de contourner les pics rocheux de Ua Pou en grimpant quasi à quatre pattes, de remonter d’anciennes vallées royales à la végétation luxuriante vers des cascades plus ou moins asséchées, de surplomber des baies somptueuses où se balancent quelques voiliers…

Enfin, la gentillesse et la générosité des Marquisiens ont achevé de nous séduire. Quelques instants à papoter ou à échanger un repas, et nous repartons les bras chargés de fruits délicieux (mangues, bananes, citrons, pamplemousses…). Les seuls habitants qui nous gâchent un peu les escapades à terre sont les fameux nonos, une sorte de minuscule moustique quasi invisible dont les morsures provoquent des démangeaisons tenaces sur plusieurs jours…

Sinon on retrouve ici l’ambiance conviviale entre voiliers voyageurs qu’on avait trouvée au Cap Vert. Les voiliers sont moins nombreux, tous sont partis pour de longues périodes et voyagent depuis un moment. On retrouve des bateaux rencontrés il y a quelques mois et et on en rencontre pleins de nouveaux. Cafés, apéros, partages de pêche et entraides techniques sont de nouveau le quotidien de cette petite communauté. Ça discute beaucoup parcours et chaque nouvelle rencontre nous donne de nouvelles idées : finir le tour du monde, remonter en Asie, repartir dans l’autre sens ! Bref, rien n’est décidé et c’est ça qui nous plaît.

Les enfants ont retrouvé depuis quelques jours de nombreux bateaux avec des familles. Ça leur manquait et c’est plaisant de voir ces hordes d’enfants hâlés déambulés en paddle ou en snorkeling de bateaux en bateaux au milieu des raies mantas/mobulas… Après un Pacifique assez studieux, on a allégé un peu l’école. On garde une petite routine quotidienne mais on sauve nos matinées.

Côté bateau, on a eu la chance de trouver un menuisier de talent à Nuku Hiva qui nous a façonné un manchon sur mesure pour réparer notre bôme cassée pendant la transpac. Et on devrait récupérer une bôme toute neuve d’ici quelques temps.

Bref tout va bien !

(oui on fait des photos de fleurs maintenant… je crois qu’on vieillit !)

Traversée du Pacifique : Check !

Et de 2 ! Deuxième océan traversé ! Et pas des moindres, le Pacifique…

Après 27 jours en mer, et 4200 milles parcourus, nous voici aux îles Marquises, sur l’île de Nuku Hiva précisément.

Nous avons quitté le Panama le 2 avril. Un petit vent et du courant nous ont plutôt lentement emmenés vers le sud pendant… 1 jour. Et puis plus rien ! Nous avons rencontré le fameux pot au noir.

Nous le savions, les prévisions météo n’étaient pas incroyables mais aucune fenêtre ne s’ouvrait avant plusieurs jours ; nous avions donc pris la décision de partir malgré tout. Autant attendre au large en avançant doucement qu’à l’arrêt dans la moiteur de la baie de Panama City au milieu des cargos.

Nous avons donc navigué piano piano sur un océan d’huile. La mer était vraiment extraordinaire. Nous voyions peu d’animaux, quelques requins dont deux nous font de jolis sauts au loin, des raies, une grosse tortue… et des rivières de déchets humains, longues parfois de plusieurs centaines de mètres…

Les nuits étaient zébrées d’éclairs à 360° autour de nous. Plusieurs fois, nous avons mis à l’abri dans le four ordinateur, VHF, téléphone et iridium pour les protéger en cas de foudre. Heureusement la foudre ne s’est jamais vraiment approchée, mais quelques quarts de nuits furent un peu stressants.

Au 6e jour, alors que nous sommes sommes à 150 milles des côtes, nous nous prenons à 3 reprises dans des filets de pêcheurs qui rasent l’eau. Il s’agit en réalité de traînes flottantes avec de gros calamars en appât. On récupère même une raie. Nous arrivons sans trop de difficulté à nous extraire de ces lignes.

Les oiseaux sont nombreux dans cette première partie de la traversée. Certains décident d’embarquer à bord. Après quelques tentatives laborieuses sur les barres de flèche, le bout dehors est adopté par un couple qui nous tiendra compagnie quelques jours. Certains oiseaux ont des pattes rouge vif, d’autres des becs bleu aux reflets roses.

Le 10 avril, à 7h du matin, nous passons l’équateur. Comme le veut la tradition, nous sortons le champagne et partageons quelques rasades avec Neptune et Girotondo. L’équipage y a droit aussi mais, avant le petit déjeuner, toute la bouteille n’y passera pas et sera gardée pour le dîner du soir.

Quelle émotion en tout cas de rejoindre l’hémisphère Sud dans lequel nous passerons les prochains mois…

Après avoir dépassé les Galapagos, nous rejoignons enfin les alizés. Vents au portant et réguliers, l’allure est plus agréable. Et nous atteignons une belle vitesse de croisière avec des moyennes de 190 milles par 24 heures. Les oiseaux se font plus rares. On aperçoit une fois quelques dauphins au loin mais qui ne s’approchent pas. Les journées se ressemblent mais nous avançons très bien. Spi le jour, génois la nuit. L’ambiance est bonne à bord. Les enfants sont très cools. On cuisine, on lit, on joue, on regarde des films… Un petit incident à déplorer avec la drisse de spi qui reste coincée en haut du mat. Arthur est hissé en tête, ça balance énormément mais il réussit à débloquer la drisse et redescend sans trop de heurts. On croise 2 catamarans avec lesquels on discute à la VHF. On tiendra le rythme face à un Outremer 60 pendant une journée, nous sous spi, eux avec un ris dans la GV (problème de lattes). Malheureusement ils rattraperont notre avance durement gagnée en quelques heures une fois notre spi affalé pour la nuit ! Un bord très sympa malgré tout au milieu de cet océan vide.

Chaque fin de journée nous offre un beau coucher de soleils avant l’apparition de ciels étoilés magnifiques…

Au 22e jour, nous changeons de plan. Nous avions prévu d’arriver à Fatu Hiva dans la mythique Baie des Vierges. Mais depuis le covid, le règlement oblige à arriver à Nuku Hiva au nord de l’archipel. Un bateau de copains quelques milles devant nous a pris la même décision et nous partageons l’envie de fêter ensemble l’arrivée après presque un mois dans notre huis-clos !

On change donc légèrement de cap avec des voiles en ciseau. Il nous reste 750 mn avant l’arrivée, on se projette déjà…

Mais, le soir même, à minuit et demi, Arthur me réveille. La bôme s’est brisée en deux. Pourtant nous n’avons pas empanné, et le vent est modéré (une quinzaine de nœuds). C’est assez incompréhensible. Il nous faut rapidement affaler la grand-voile et descendre la bôme. Les derniers jours se font donc à un rythme un peu plus ralenti. On garde le moral. D’étranges dauphins noirs à la tête arrondie (dauphins d’Irrawaddy nous dit notre encyclopédie marine sur pattes aka Titouan) viennent nous changer les idées en sautant à côté du bateau. Puis nous fêtons comme il se doit les 11 ans de notre premier marin. Ses frères lui ont fabriqué des cadeaux faits maison, profitant du temps disponible : collier de coquillage, personnages en bouchons de liège, peintures, éventail en papier et un bel avion en carton pour les playmobils.

Il va maintenant nous falloir trouver une nouvelle bôme, la faire livrer quelque part et regréer tout ça, ce qui risque de prendre beaucoup de temps…

Le cadre dans lequel nous allons évoluer ces prochaines semaines devraient rendre plus doux ce coup du sort. Comme disait un américain rencontré aux San Blas, « sailing, it’s fixing stuff in paradise »… On y est !

(5 bome anniv arrivée)

NB : Les garçons ont profité de la traversée pour écrire une page de présentation de l’équipage accessible ici : L’équipage – GIROTONDO (travel.blog)

Pacifique, nous voilà !

Le séjour au Panama se poursuit par une semaine de bricolage à Shelter Bay Marina, juste à l’entrée du canal. Le paysage change : désormais les gros cargos et porte-containers remplaceront les voiliers ! Etrange de cotoyer ces énormes monstres de si près.

On finit par régler le problème de mèche de safran, remplacer la drosse de barre arrivée plutôt rapidement de France, et découvrir un nouveau problème : l’explosion d’une boite de conserve de fruits au sirop a tué notre pompe à eau douce !

Les gars passent leur journée à la piscine de la marina et découvrent qu’il n’y a pas que des enfants français dans la communauté des navigateurs. Ici Américains et Allemands dominent largement, çà nous change ! Ils sont même conviés aux 10 ans d’un petit hongrois-sud-africain qui vit sur son bateau depuis sa naissance. On rencontre aussi de nouveaux équipages, français, américains et suédois, qui font route vers le Pacifique comme nous.

Encore une fois, la marina est entourée de jungle et il ne faut marcher que quelques minutes pour découvrir, dans les ruines des bâtiments laissés par les Américains, singes hurleurs, capucins, agoutis, koati… Il nous manquera les paresseux et les fourmiliers que nous n’aurons pas débusqués, dommage mais c’est déjà pas mal ! (Edit : on a vu un paresseux quelques jours plus tard à côté de Panama City, ouf!)

Nous avons profité de cet arrêt forcé pour aller visiter la capitale Panama City. Le contraste entre le Casco Viejo, ancien quartier colonial, et la ville moderne aux nombreux gratte-ciel est saisissant. Le cœur historique, s’il nous permet de visiter le passionnant Musée du Canal, est un brin trop propret et quasiment dénué d’habitants. Un quartier destiné aux touristes et aux porte-feuilles bien garnis (ils sont loin nos restos chéris et bon marché du Cap-Vert!). Dès qu’on le quitte, la vie grouille. Après le marché aux poissons, on se promène le long de l’Océan Pacifique qui porte bien son nom… On espère qu’on aura quand même un peu de vent car là c’est un peu trop calme !

Et puis le grand jour arrive : nous passons le Canal de Panama le week-end du 26-27 mars. Cerise sur le gâteau, Manu débarque du Mexique pour faire cette étape avec nous !

Le passage se fait sur deux jours. A bord nous ont rejoint deux handliners panaméens (ce sont des saisonniers du canal qui font des aller-retours sur les bateaux en transit car le canal exige 4 adultes à bord pour manipuler les amarres). Ils partagent la vie sur le bateau, repas et dorment la nuit sur le pont (enfin jusqu’à ce qu’il se mette à pleuvoir à torrent !)

Nous accueillons aussi à bord chaque jour un pilote du canal. C’est lui qui organise le passage des écluses, reste en contact avec les éclusiers à quai et coordonne les manœuvres. Ils n’ont pas une très bonne réputation. Nous sommes, pour notre part, tombés sur deux supers pilotes, aimables, professionnels…

Le premier jour, nous passons une écluse composée de 3 chambres côté Atlantique. Nous devons nous mettre à couple avec un voilier d’Anglais, et nous glissons derrière un beau cargo. On monte progressivement pour atteindre 26 mètres au dessus du niveau de la mer. Nous passons la nuit sur le Lac Gatun, un immense lac artificiel, amarré à une énorme bouée chopée au lasso.

Pendant la nuit, la pluie s’installe durablement, et elle continue le lendemain alors que nous parcourons une trentaine de miles pour atteindre les écluses côté Pacifique. Cette fois-ci nous sommes à couple à 3 voiliers, entre un Américain et un Anglais. Le cargo derrière nous est encore plus gros que le jour précédent. Il fait 106 pieds de large alors que les chambres des écluses ne font que 110 pieds de large ! Impressionnant !

Depuis la France, nos familles suivent nos progressions sur les webcams du canal. C’est assez émouvant de les savoir nous suivre en direct…

Enfin la dernière écluse s’ouvre sur le Pacifique ! Applaudissements et cris de joie fusent, sous les caméras live des bloggeuses américaines qui ne lâchent pas leurs téléphones depuis des heures…

Les voiliers se séparent, chacun reprend sa route, handliners et pilote quittent le bord. Et il faut déjà laisser partir Manu. C’était assez exceptionnel de partager avec lui cette étape assez forte de notre voyage.

Nous sommes désormais à quelques milles de Panama City sur l’île de Taboga. L’eau est infestée de méduses mais on y est mieux que dans la baie de la capitale pour attendre une fenêtre météo propice au grand départ pour la transpacifique. La navigation qui s’annonce sera la plus longue de notre voyage, un bon mois… Les enfants ont l’air plus sereins que nous pour appréhender cette longue traversée ! Le début sera sans doute laborieux, le fameux pot au noir. Mais au bout du chemin, la perspective des Marquises nous fait vibrer…

Comme pour l’Atlantique, téléphone et mails seront au placard mais on ressort la liaison satellite. Donc n’hésitez pas à nous envoyer un mail sur : girotondo@myiridium.net On sera ravis de vous lire pendant nos quarts de nuit. Et toujours la même consigne : ni photo, ni video, ni même emoticons ou signature dans les mails. Merci.

A très vite de l’autre côté !!!

Les San Blas, un paradis qui se mérite !

En République Dominicaine, nous avons donc récupéré Charlie et Antoine pour traverser avec nous la Mer des Caraïbes en direction du Panama.

Les pauvres auront été servis : la sortie de la Baie de Samana et les premières 48 heures de navigation se font au près dans une mer bien formée. Autant vous dire que l’amarinage est un peu dur… Heureusement, on passe à une allure plus confortable avec le vent derrière nous et, malgré des vagues toujours bien présentes, les conditions sont nettement meilleures, et la tête de nos coéquipiers également. Les activités classiques (école, pétrissage du pain et pêche à la traîne) rythment la vie à bord. L’arrivée près des côtes panaméennes est de nouveau assez sportive avec un vent fort et toujours cette satanée houle. Côté bateau, ces conditions font apparaître un jeu au niveau de la mèche de safran, qui s’accompagne quand le temps grossit de couinements quelques peu inquiétants… Un nouvel atelier bricolage en perspective au Panama…

Avant de retourner à la civilisation à proximité du canal, on s’octroie quelques jours magiques aux San Blas. Il faut dire que la navigation préalable rend la découverte de ces terres encore plus exceptionnelle ! On avait déjà été bien servi côté paysages paradisiaques ; l’archipel des San Blas nous surprend encore par sa nature préservée. Imaginez des centaines de micro îlets de quelques dizaines de mètres de large, protégés par des barrières de corail. Les cocotiers poussent densément sur ces mini bouts de terre, où vivent quelques indiens kunas, qui viennent en pirogues proposer poissons, langoustes ou broderies, ou demander quelques heures de batterie ou quelques litres d’eau du dessalinisateur. Les kunas ont obtenu, après une dure lutte, une certaine autonomie et la pleine propriété de ces kilomètres de littoral qui s’étendent jusqu’en Colombie, évitant ainsi la surexploitation touristique que l’on a pu voir ailleurs dans les Antilles.

Les voiliers se regroupant souvent sur les mêmes mouillages, il est assez facile de trouver des spots quasi vides. On pousse un peu à l’Est pour découvrir aussi quelques îlets plus habités par des kunas charmés par les bouclettes blondes de Balthazar. On assiste même à un match de foot !

Après avoir laissé Antoine et Charlie sur une barque puis une jeep pour quelques heures de trajet afin de rejoindre Panama City, nous retrouvons l’équipage d’Agapée et leurs cousins. On partage avec eux encore plusieurs jours dans ces petits paradis. Puis il nous faut rejoindre un semblant de civilisation pour préparer le passage du canal et se pencher sur ce maudit jeu du safran. Cela se fera en douceur avec plusieurs jours dans une marina perdue dans la mangrove, Panamarina. On y entend les singes hurleurs du bateau (on en verra même en se promenant dans la jungle derrière la marina), on se baigne dans des piscines naturelles en surveillant un peu les crocodiles (on ne sait jamais !) On commence à bricoler le safran, mais chaque avancée nous fait découvrir un nouveau problème… Le rendez-vous est quand même pris pour jauger le bateau pour le canal ; c’est en effet la validation de l’agent qui fait ce jaugeage qui va nous permettre d’obtenir une date de passage. La suite au prochain numéro donc, avec on espère une date d’ici fin mars et un safran réparé d’ici là…

Rep’ Dom’ avec les Martinouy !

La navigation entre la Guadeloupe et la République Dominicaine fut plutôt douce (vent arrière, houle modérée, temps ensoleillé…). Mais au 3e jour, l’approche des côtes dominicaines nous fait alterner les grains, et donc les prises et les renvois de ris. Le ciel passe de bleu à noir, la mer prend des teintes métalliques, les vagues grossissent. Au loin les éclairs s’enchaînent. La dernière nuit et la dernière journée ne sont pas de tout repos. Heureusement on finit par gagner l’abri de la jolie baie de Samana, accueillis par une baleine à seulement 2-3 mètres du bateau !

Le ton est donné pour cette escale en République Dominicaine : paysages luxuriants, baleines à bosse et pluies à répétition !

Peut-être que ces averses sont là pour faciliter la transition de nos amis Nantais venus pour une dizaine de jours ?

Après avoir laissé le bateau à la marina de Puerto Bahia, on s’installe dans notre luxueuse et géante villa de Las Galeras avec les Martinage et les Nouy.

Les journées nous permettent d’explorer la zone : cascades, plages, mangroves… Arnaud prend chaque jour plus d’assurance dans la conduite de son mini-bus et trimballe sa colo de 14 touristes au milieu des nids de poule et des motards tout feu éteint la nuit.

Le soir, on prend vite nos habitudes : pina colada au coucher du soleil, planteurs , l’excellente cuisine de Paulina, les ti punch au maracuja et quelques aventures vinicoles sans lendemain (viva la fuerza!)…

Ces dix jours ont été un super break, une parenthèse dans notre périple sur l’eau. C’est un vrai déchirement de les laisser repartir vers Nantes.

Heureusement on récupère Antoine et Charlie, et on se prépare à une transcaraïbe musclée pour rejoindre le Panama !

Petites Antilles : suite et fin

Nous voilà en route pour la République Dominicaine. Une navigation de 4 jours environ qui nous permet de remettre un peu à jour nos carnets de bord et ce blog.

Nous aurons donc passé tout le mois de janvier dans les Petites Antilles à profiter au maximum des amis rencontrés jusque là, et qui, pour la plupart, n’iront pas plus à l’ouest… En effet, n’ayant pas le temps de sillonner la totalité de l’arc antillais, nos options ont privilégié les retrouvailles avec les bateaux copains, comme Zila que nous n’avions pas revu depuis le Cap Vert. Et cela nous a conduits des Saintes à Antigua et Barbuda, en passant par la côte sous le vent de la Guadeloupe, puis en redescendant à Saint-François et Petite-Terre.

Et comme une rencontre en appelle toujours d’autres, nos pérégrinations nous ont également permis de rencontrer pleins de nouveaux équipages, chacun avec son histoire : navigateurs au long cours, familles en année sabbatique, militants écolo en vadrouille avec leur poule à bord… et même deux jeunes backpackers que nous transportons d’Antigua à la Guadeloupe.

Au cours de ces escales, les activités ne manquent pas, que ce soit sous l’eau avec le snorkeling évidemment encore et toujours (on ne se lasse pas des tortues, raies, poissons perroquets, poissons coffres…), ou sur l’eau (kite, bouée tractée, surf tracté, optimist, initiation à la plongée avec bouteille…), ou encore à terre (ballades, olympiades organisées par un bateau copain Paf pour les enfants….).

A bord également, la vie suit son cours. L’école se passe mieux après un petite reprise difficile début janvier. Nous avons enfin fêté Noël entre nous le 15 janvier (et non, ça n’est pas du retard mais un nouveau rapport au temps). Au menu, un confit de canard qui passe très bien malgré les 30° ! Les navigations se déroulent globalement bien, avec leur lot de dauphins. Balthazar se met même à la barre, sous les conseils de son grand frère. Et puis évidemment on n’évite pas quelques petits ennuis : les casiers (on en prendra 2 sans trop de dégâts sur les quilles mais quelques inquiétudes à proximité d’une pointe rocheuse), un moteur d’annexe particulièrement capricieux (heureusement qu’on croise des navigateurs plus compétents que les soit-disant concessionnaires, Arthur et Victor y auront passé quelques heures…), une belle frayeur aussi pour sortir d’une passe peu profonde avec une belle houle qui déferle et casse par 3m de fond, une belle blessure au front de Balthazar pour parfaire son look de pirate…

Enfin, la grande nouveauté de cette dernière quinzaine, le miracle tant attendu, c’est la pêche. Après une première langouste pêchée au lasso à Barbuda, nous enchaînons deux prises à la traîne lors des deux navigations qui suivent ! Serait-ce la fin de notre malédiction ? Croisons les doigts. En tout cas, quel kiff de cuisiner la pêche du jour, en particulier lors d’un barbecue nocturne sur la plage à dévorer les langoustes grillées, pêchées avec plusieurs copains.

Quitter les Petites Antilles, c’est une page qui se tourne. On quitte avec regret beaucoup de copains.

Heureusement les prochaines semaines vont être riches puisqu’on retrouve des amis en République Dominicaine, puis Antoine et Charlie qui n’avaient pas pu faire la transat et qui nous accompagneront jusqu’aux San Blas au large de Panama.

En tout cas, si la suite de ce voyage est aussi riche en rencontres et en expériences que ce premier quart du parcours, ça promet…

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